Extraits Au Pied de la Lettre

Dimanche 24 septembre 2017 * Mont Liausson – Mourèze – Salagou

Pour prendre le bon chemin :
Surtout ne pas baliser ! 
Aux grands chemins préférer les menus.
Et pour avaler la distance,
aux menus, préférer la carte.
Vincent

500 gr de bonne volonté
700 gr d’orientation
200 gr de trouille
1 pincée de logique
Hervé

« Je suis gros et petit »
« Mais non »
« Toi tu es grand et fin et puis regarde :
Je menace de tomber,
Bien que je sois bien planté ! »
« Arrête ton cirque Onstance :
On nous prend pour des bijoux
On nique les genoux
On niche les hiboux
C’est-il pas beau d’être cailloux ? »
Frédérique

Marcher pour mieux apprécier la richesse du maintenant,
La simplicité de l’ici  : du délice de l’orange croquée à pleine dents,
la découverte de la mer de nuages lissée dans le creux du chemin.
Ici et maintenant, dériver vers l’inconnu,
L’œil de l’esprit se glisse dans les frondaisons sauvages,
Dérive vers des rives aux volontés de partage (…)
Fanfare de cirque qui entonne une Carmen,
Le ciel comme un chapiteau célèbre l’événement,
A nos pied, l’eau s’étend lascive, le lac lessive le temps.
Le chemin étire nos vies, dorénavant.
Michel

Le lac m’apparait comme une personne : un grand peau-rouge, habillé de vert, couché tel Gulliver prisonnier de petits hommes. Autour de lui, je vois des taches blanches, ce sont des camping-cars. L’un s’ébranle et de son ventre sort un être, qui semble vouloir entrer dans une autre tache blanche. Effectivement il y entre et la tache blanche bouge, vient dans ma direction, arrive même : on sort de ses entrailles ; alors retrouvailles et rencontres.
Nous démarrons ensemble notre randonnée. Le sentier serpente doucement. Quel plaisir d’avoir aussi pour compagnons , des arbres. Un arrêt à un carrefour très fréquenté : que de passage dans ce « trou perdu ». Pourtant un point dans ce vaste monde. Dans quelle direction allons-nous ? Chacun semble prendre le bon chemin. Pour moi, je sais …car j’ai regardé la carte. J’aime me repérer dans l’espace, minuscule particule dans celui-ci, mais avec la sensation d’en connaître un bout ! Toutefois nous avons une guide en qui nous avons confiance. Cela fait du bien de pouvoir se fier à quelqu’un.
Nous voilà partis à l’assaut d’une ride de la Terre culminant, en ce jour, et pour une durée indéterminée, à 537 mètres d’altitude. Le temps a gratouillé les calcaires, plus ou moins résistants. Les rochers sont marqués comme des vies avec leurs accidents de parcours. Nous nous posons pour en admirer les résultats originaux, touchants, tarabiscotés, « creux et bosses », cheminées écroulées de fées perdues dans la garrigue odorante. J’ai écrasé du thym.
Arrivée à Mourèze, village préhistorique. Donc …nous visitons la brocante, tenue par un homme fort affable qui n’a rien d’un cro magnon, cependant sa boutique ressemble à une grotte. En écho au lapin d’Alice au pays des merveilles, je lui demande s’il ne vendrait pas une montre mécanique. Mais il n’en possède pas. Dommage, j’aurais aimé faire travailler un commerçant local et j’aurais emporté un souvenir parfaitement temporel.
Nous cheminons vers l’église romane à laquelle est adossé un rare christ en croix fait de bouts de bois mort.
Nous abordons notre destination première : quel cirque, à tous points de vue car les nuages passent les uns au-dessus des autres et leurs ombres courent aussi. Ils sont tout cotonneux et contrastent avec les rochers déchiquetés. Ils évoluent comme des trapézistes, sautent comme des moutons, ce qui n’est pas mon cas.
Martine

Saint-Guilhem le Désert – Les Fenestrelles – Janvier 2017

A Gorge Déployée

Ce n’était pas les trois Mousquetaires mais les trois Hisse-la-Terre
qui se sont retrouvés aujourd’hui à Saint-Guilhem le Désert.
Un désert de pierres et de verts, gorgé tantôt d’ombre, tantôt de lumière,
de celle qui illumine l’envers du décor, et les corps le long du dévers.
Au fil des bonnets et du chemin, nous avons rencontré Chouchou le Taureau et notre bien-aimé Giono. Tandis que je posais des mots sur le bruit du vent imitant l’eau sur le flanc des rochers, Michel me fait écho et cite :
« On plante des cyprès pour entendre la source ».
La montée, rythmée par l’ombre et le cliquetis des échasses,
s’ouvre sur une place s’étirant au soleil comme un chat à moustaches feuillues.
Là, le sacristain côtoie le mandarinier, et l’eau ruisselle dans les palais inspirés.
Un peu plus bas, la pause victuailles parle des absents au menu :
arbouses, châtaignes et cèpes,
dans leur panier d’anecdotes aux doigts mordus et coups perdus…
Yves rend hommage au Serviteur,
le seul dont on remarque l’absence après le passage du Lion,
et nous nous redressons sur nos bâtons.
Depuis les fenestrelles sans vitres et sans volets, la vue est grandiose.
L’Infernet n’est ni l’Internet de l’enfer, ni sa naissance,
mais bien un surplomb de paradis à gorge déployée,
et qui rit de toutes ses dentelles édentées,
au sommet de mâchoires par le temps éclaboussées.
Si ce paysage devait être sexué, ce serait celui d’une femme.
Après avoir ôté sa nuisette de givre, elle enfile sa pinède en chênaie
au décolleté encore fleuri de bruyère, emperlé d’oliviers,
une rivière clignotante dans son cœur d’émeraude.
Nous descendons maintenant en suivant les courbes en lacets,
jusqu’à former un triolet, attablé sous la paupière du soleil au seuil du sommeil.
Nous ne saurons pas ce soir qui sont, ni ce qu’ont accompli
Saint-Guilhem et son copain Saint-Benoît,
mais nous rentrons les cœurs encore dans l’éveil
de cet horizon élargi par Yves et Michel.
Elodie

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