Témoignages et Extraits Masters

« Vous faites un excellent travail qui m’inspire beaucoup », Sarah
« Merci pour cette belle expérience, votre atelier est très enrichissant » David

« Mémoire d’un Pied-Noir » par Axel S.

Comme tout le monde à la majorité, j’ai dû faire mon service militaire, en Algérie, alors que les troubles commençaient ici en 1951. J’y passerai trois ans, jusqu’en 1954. Au régiment, comme dans la vie, ça fonctionnait par clan. On était trois ou quatre, nous, avec Jean, Jacques et moi. A la caserne, on avait les lits en fer superposé, autrement en campagne nous avions des lits de camp. A la caserne, Jacques amenait des bouteilles de Mascara et moi, la charcuterie. Ça changeait des boîtes de ration !
Quand je suis parti d’Alger, avec le convoi et les camions, un collègue est venu me voir, me disant en chuchotant :
« Tu ne sais pas, j’ai une ligne dans mon portefeuille, on va pêcher. – Pêcher quoi ? - Des canards ! »
Avec les troubles, quand les trains s’aventuraient dans des coins sensibles où il pouvait y avoir des bombes, il s’arrêtait et faisait passer la draisine devant. Ça pouvait durer trois, quatre heures.
Cet ami avait repéré un coin d’eau vers où le train s’arrêtait et il y avait là des canards. Je suis venu avec lui : il jetait des morceaux de pain, les canards ouvraient la gueule et là mon ami les remontait hors de l’eau, dans un battement d’aile effrayé.
Et quand on est arrivé dans les Aurès, pendant des jours et des jours, on a mangé du canard… C’était bien mieux que les boîtes de rationnement !
Autrement, on se contentait des rations : des pâtes avec tout l’alphabet dedans, de la viande de « singe » dans une conserve, et du Viandox. En dessert, on avait de la pâte de fruit. Et, cerise sur le gâteau : la boîte de préservatifs…

« La leçon de vie » par Clara M.

Je vais te dire, la vie est beaucoup meilleure que ce que nous nous avons eu. C’est peut-être pas le même genre de vie. Parce que bon c’est plus évolué, plus grand, on est beaucoup mieux desservis, que nous de notre temps, moi je me rappelle que pour faire nos devoirs on le faisait à la lampe à pétrole. Aujourd’hui bon… C’est comme les télévisions, on connaissait pas, on n’avait même pas d’appareil radio. C’était selon les gens, selon les moyens. On n’était pas d’une classe… voilà. Moi je dis, si les gens menaient la vie comme il faut on serait bien mieux que ce qu’on était il y a trente ou cinquante ans en arrière. C’est-à-dire que les gens aujourd’hui on dépense, on dépense, on dépense, donc quelque part.. De nos jours, on a tout, tout de suite, peut-être trop parfois. C’est exagéré. Qu’à l’époque, on faisait des travaux durs, que aujourd’hui on les fait plus presque.
Maintenant bon on n’a pas eu une enfance heureuse. Mais quand on voit tout ce qu’on a fait, on voir une amélioration d’environ 100% du niveau de vie. Le matériel s’est modernisé, et supposons eh ben des travaux comme faisait mamie qu’elle élevait les gosses il fallait faire la lessive à la main, fallait ramasser des serments… Tout ça, ça existe plus. C’est le progrès. C’est ce qu’il faut regarder.

« Tu ne deviens pas marin, tu né marin », par David W.

Le premier jour, c’est d’abord le départ puisque de Béziers je suis parti à Cherbourg. Donc, pour commencer, avant de traverser le monde en mer j’ai traversé la France pour y faire mes classes. Je suis arrivé dans la nuit dans une chambre où 6 personnes dormaient et au petit matin j’ai découvert des visages qui allaient m’accompagner pendant de longs mois.
Être marin, c’est dormir avec le bruit du moteur, et non le bruit de l’eau comme certains pourraient imaginer. Et quand le bruit est absent, on s’inquiète, même si des fois on est émerveillés par le champ des baleines. Vous vous rendez compte que les pirates entendent les bruits des sirènes, et nous les baleines…. l’honnêteté n’est pas toujours récompensée.
Être marin, ce sont les escales où l’on passe de l’uniformité des eaux aux surprises des terres et des hommes. C’est l’odeur du gazole, de quoi voter écolo …Croyez-moi ! C’est le mélange de rouille et de sel en touchant les rambardes du navire. Et c’est les repas de la cantine, en espérant que ce soit bon, parce qu’en mer tu ne peux pas aller au resto !
Le plus important est la cohésion, tu es dépendant des autres donc tu leur fais entièrement confiance. Sur le plan humain, je me suis découvert, moi le jeune de quartier populaire qui ne voulait pas entendre parler d’uniforme, j’ai le sentiment aujourd’hui d’avoir été privilégié. Ce n’est pas tout le monde qui a la chance de se connaitre dans la vie. Quand tu te connais, tu es épanoui, tu découvres les gens sans préjugés, tu t’ouvres l’esprit, tu vis et tu transmets…
Le moment le plus insolite, c’est le passage de la ligne de l’équateur, tu subis un gros bizutage qui est une tradition dans toutes les armées au monde. On te rase la tête, on te met de la graisse sur le corps, tu es tantôt l’homme poubelle tantôt la libellule bref tout un cérémonial qui finit par le jugement du commandant.
Le moment le plus émouvant, c’est lors de ma première mission, ma première escale au Brésil on a pu sauver de la noyade 6 brésiliens qui étaient bloqués depuis 24 heures, on a eu droit à tous les honneurs avec cérémonie par les hauts fonctionnaires du pays, les médias étaient présents… et là je me suis dit qu’on était là en premier pour sauver et non pour tuer. Bienvenue dans la marine !
Et le moment le plus drôle… Avant j’avais l’habitude de faire tourner machinalement les portes clefs avec mon doigt et un jour au bord du navire j’ai fait tomber les clefs d’une voiture qu’on m’avait prêté… Je me suis donc substituer au commandant du bateau en dépêchant discrètement une équipe de plongeur démineur pour déminer mon problème.

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