Exemples et Extraits

Vous pouvez successivement lire un exemple de portrait de résident en maison de retraite, celui d’un salarié, puis un florilège d’extraits de portraits de résidents. Bonne lecture…

Exemple PORTRAIT RESIDENT de maison de retraite – 1 heure d’interview
Joséphine, née en 1929
« Être Femme c’est vivre dans l’espérance et la confiance »

J’ai passé mon enfance et mon adolescence aux côtés d’une maman très malade. J’ai débuté mes études à l’âge de dix ans mais de l’année du certificat je n’ai fait que le premier trimestre : il a été décidé en famille que je resterai à m’occuper de ma mère. Je suis née en Tunisie, dans un pays où se mélangent l’Islam, l’Orient et nous étions plus ou moins tous imprégnés de ces cultures. Alors j’ai entendu dire : « Tu as une fille, ce n’est pas pour en faire obligatoirement un avocat ou un docteur ». Papa en avait mal à la tête : « Comment je vais faire ? ». Il n’était pas d’accord avec cette décision, il en a pleuré et m’a même demandé pardon plus tard : « J’aurais dû réagir autrement ». Mais j’ai effectivement été la mère de ma mère de 1939 jusqu’à mon mariage. Entre-temps un enfant est né, conçu suite au diagnostic d’un médecin qui espérait qu’une naissance modifierait le métabolisme de Maman victime d’apathie mentale. Elle m’a laissé un petit frère de quinze ans plus jeune que moi et je ne faisais pas la différence entre lui et mes quatre enfants ! J’ai été la mère de ma mère et la mère de mon frère ! Il faut le vivre ça ! Parfois je culpabilise d’être assez dure et carrée, mais c’est la vie qui m’a rendue comme cela : j’étais toute seule et obligée de tenir tous ces rôles. Tout cela s’est passé dans l’amour, je recevais de l’amour de mes parents, mais le vivre, le faire ! Alors mon mari est arrivé comme un cadeau.

J’ai vécu quarante-deux ans mariée, je suis mère de quatre enfants et actuellement veuve depuis vingt-deux ans. Vingt-deux ans toute seule. Enfin, seule, je m’entends : je ne suis pas seule puisque mon mari n’a jamais été aussi présent que maintenant ! Une proximité permanente. Je ne dis pas que notre vie de couple a été extraordinaire, nous avons eu les mêmes problèmes que dans tous les foyers, mais il n’empêche que mon plus beau jour c’était celui de mon mariage. Déjà je sentais une fusion, quelque chose, je partais vraiment avec une confiance qui dépassait même l’amour. J’étais vraiment sûre, je n’avais aucun doute et, le plus fort, c’est que cela a été vraiment vécu, pendant quarante-deux ans de vraie vie commune, avec nos quatre enfants. Et c’était réciproque ! Au point que, sur le moment, c’était tellement naturel que je ne pouvais pas imaginer les choses autrement : ce devait être comme ça. Et, dans le fond, maintenant que j’y pense, cette soi-disant normalité m’a empêchée d’approfondir ce trésor, de réellement prendre conscience de la valeur de cette beauté, de cette grâce même. Il y avait même des moments où, parfois, je trouvais que ce n’était encore pas assez. Sur le moment je n’ai pas réalisé. Et pourtant je vous assure que ça sortait de partout ! Mais parfois on ne se rend pas compte de ce que l’on a. Malheureusement, cette prise de conscience est venue après que je l’aie perdu. Tout m’est revenu et, à partir de ce moment-là, mon but a été de dire aux jeunes : « Prenez le temps de goûter ! ». Et je me disais : « Mon Dieu ce qu’on peut être bête : on se tracasse pour des futilités et les choses qui devraient nous marquer on ne les voit pas ! ». Cet amour entre mon mari et moi, cette confiance, c’était normal, comme quelque chose que nous nous devions. Et nous avons vécu notre vie de couple intensément, mais après-coup je me suis dit que tout cela aurait pu être encore mieux reçu, pour en profiter encore plus. Par exemple par rapport à mon mari, j’aurais pu m’exprimer autrement peut-être. J’aurais aimé lui dire plus souvent combien je lui étais reconnaissante, combien c’était formidable, un cadeau du ciel, le paradis naturel… C’est dommage. Mais c’est aussi une question de tempérament. C’est mon ressenti à moi, des réflexions que je me fais mais, finalement, est-ce qu’il lui a manqué quelque chose à lui ? Nous n’avons pas eu le temps d’en parler ensemble : il est mort tout juste trois ans après sa retraite alors que nous nous préparions au bonheur de nous retrouver. Pour nous taquiner nos enfants nous appelaient « le rat des champs » pour mon mari, « le rat des villes » pour moi. Lui aussi était né en Tunisie et c’était déjà une richesse, mais il y avait en plus entre nous une vraie complémentarité. Il m’a beaucoup aidée pour exprimer mes sentiments. J’ai toujours été une personne assez émotive et très sensible. Et cet échange dans la confiance, ce sentiment de liberté : je n’ai jamais été aussi libre qu’avec mon mari ! Dans un couple, se sentir libre sans oppression, c’est un cadeau. Nous faisions des choses ensemble mais je faisais aussi beaucoup de choses seule.

Après le décès de mon mari, mes enfants sont restés quatre jours avec moi. Un soir, ils se sont éloignés de la maison, je suis restée toute seule à l’intérieur et ils m’ont raconté plus tard ce qu’ils se disaient : « Ce n’est pas possible, Maman va sortir… ». Mais je suis restée un moment comme ça, seule dans notre maison. Et pour la première fois je suis allée fermer les volets en bois. C’était toujours lui qui s’en occupait. Et je les ai pourtant fermés sans que cela me pose de problème. Il fallait d’abord sortir dans le jardin pour les pousser, puis rentrer pour les fermer en plein. Et j’ai fait plusieurs petites choses comme celle-là, des choses que lui faisait habituellement. Ensuite, ce même soir, le premier soir sans lui, je suis montée dans notre chambre, je me suis couchée dans notre lit, et j’ai dormi. Et depuis ce jour je dors normalement, paisiblement. Comme s’il était toujours là. On ne peut pas dire que ça ne fait pas mal, mais on arrive à traverser ce deuil dans la paix.
Mon mari ne faisait pas de grands sermons, il ne faisait pas la morale, mais il transmettait par l’exemple, sans fanfaronnade, et il était présent. Nos enfants me disent : « Papa ne nous a jamais vraiment parlé », et pourtant il a su leur transmettre ce qui était important pour lui, être à l’écoute, mais sans l’imposer.
Lorsque je reviens vers lui et vers nos souvenirs, ce n’est pas pour remâcher : c’est revenir pour mieux avancer. J’ai toujours tout accepté dans la grâce et l’espérance. Mon mari m’avait écrit sur une carte d’anniversaire : « Souris à la vie et la vie te sourira ». Cette phrase était le fond de mon mari : faire en sorte que la vie soit belle mais aussi y croire, et accepter le bon comme le mauvais.

Je ne dirai jamais assez merci pour ce que j’ai eu. Et je trouve que de manière générale nous, les femmes, sommes plus que gâtées, pourries même ! En ce moment surtout, mais où va-t-on ? Ah non vraiment, Abdullah ! comme on dit chez nous : merci mon Dieu, tout est accompli ! Toujours marcher la tête penchée en avant, non ! Levez les yeux au ciel ! Si on peut faire encore plus, tant mieux, mais enfin, piano piano…

Exemple PORTRAIT SALARIE de maison de retraite – 1/2 heure d’interview
Nadège, 21 ans, Apprentie aide-soignante
« Écouter, c’est communiquer. Et la communication ne passe pas que par la parole »
C’est tout frais : il n’y a que sept mois que j’ai commencé. C’est parti d’une culpabilité personnelle : j’ai des grands-mères qui ont été délaissées en maison de retraite, qui ont manqué d’affection, d’attention, et j’ai eu envie de me lancer là-dedans. Je suis pourtant issue d’un Bac de secrétaire-comptable mais ce déclic m’a fait changer de parcours. Je connaissais globalement le milieu et je ne suis pas déçue du tout, au contraire : le fait de se sentir utile et d’apporter des soins aux personnes qui ne peuvent plus le faire elles-mêmes. Ça commence par un « bonjour » dès qu’on rentre dans leur chambre. Rentrer et ne pas dire bonjour, c’est faire comme s’ils n’étaient pas là. Dans une toilette le matin, c’est respecter leurs petits rituels. Madame D. a une crème de jour, des petits parfums, et quand je l’ai en toilette, j’essaie au maximum de lui mettre sa crème. Ce n’est pas grand chose mais je sens qu’elle apprécie alors je me dis au fond de moi que c’est beaucoup. Ça lui permet de se dire : « Je ne peux pas le faire moi-même, mais on me le fait » Un peu de parfum, un petit coup de peigne, on essaie d’assortir les tenues au possible, tant qu’ils sont capables de la choisir je la leur laisse choisir parce que j’estime que c’est un plaisir. Même si on a 90 ans, on a le droit d’être coquette,
de se mettre du rouge à lèvres et de se parfumer. Tout cela c’est les considérer comme des personnes. Écouter c’est prendre le temps d’écouter les besoins de l’autre. C’est une forme de communication qui ne passe pas que par la parole : on peut communiquer par un regard, un sourire… Avant-hier soir, j’ai levé Madame B. de son fauteuil pour l’emmener dans sa chambre, comme tous les soirs. Elle m’a regardée et rien qu’à la position dans laquelle elle se tenait debout, elle m’a communiqué quelque chose et j’ai compris qu’elle ne pouvait pas marcher. Elle avait les jambes flageolantes. Alors je suis allée chercher un fauteuil et quand elle m’a vue revenir elle a rigolé en disant : « Voilà ! » Eux aussi nous apportent beaucoup. Ils nous apportent du recul sur notre vie personnelle. Nous on casse un verre à la maison et on râle parce qu’il faut ramasser, rincer, laver… On se prend la tête pour des broutilles alors qu’il y en a qui n’ont plus l’usage de leurs pieds ou de leurs bras. Nous on a nos deux jambes et toute notre tête ! Alors on se dit : « Il y a plus grave ! »

EXTRAITS divers et variés de RESIDENTS

« Le respect, c’est d’abord le respect de la famille,
et des personnes âgées tant qu’elles sont là »
« Le respect, c’est le bon chemin, c’est être poli et agréable, être droit.
Quand on part bien droit, on ne fait pas de détours »
« Le respect c’est savoir se taire »
« Le respect c’est aussi le respect de la parole donnée :
quand on dit quelque chose, le faire »
« Le respect, c’est difficile à expliquer.
On a beau respecter quelqu’un, on n’est pas sûr de faire ce qu’il faut »

Les Cerises et Le Père Noël

J’aimais bien ma grand-mère qui vivait au village. Elle venait me chercher et je restais un mois avec elle pendant les vacances. Elle me parlait en patois. Nous allions au jardin chercher ce qu’il nous fallait pour faire la soupe et je l’aidais à éplucher les légumes. Il y avait aussi un cerisier et pendant la cueillette j’en mangeais davantage que je n’en mettais dans le panier. Ma grand-mère rigolait parce que chaque fois qu’il y en avait une de bien belle, elle regardait si je la mettais dans la panier ou si je la mangeais…
Un jour de Noël, j’étais chez elle et ma Maman avait envoyé les cadeaux dans un carton que je connaissais. Il était dans sa penderie et elle croyait que je ne l’avais pas vu. Elle avait mis les cadeaux dans cette fameuse boîte et c’était tellement bien rangé que ma grand-mère avait tout laissé dedans. Elle avait cru bien faire. Quand je l’ai vu, j’ai aussitôt dit :  » Mais ce carton je l’ai vu à la maison ! » Alors ça a été fini. Voilà comment je n’ai plus cru au Père Noël…

LES MAINS : Propreté, Tricotage, Mode et Cuisine

Je suis toujours restée à la maison et j’aime que tout soit net. Il n’y a que ça qui compte. J’aime les choses bien faites, impeccables et nettes. Ça apporte plus de choses que ce que l’on croit. Ça m’apporte du calme. Et ma fierté c’est que chez moi, tout me plaît parce que tout est propre. C’était mon rêve. Chez les autres, si c’est en désordre, je suis mal à l’aise parce que je ne peux rien dire qui déplairait. Alors je me tais.
Mon père n’a jamais été grossier. Je ne l’ai jamais entendu dire un gros mot. Et Maman, oh, peuchère, c’était un amour. Elle ne sortait pas beaucoup. Elle adorait le ménage et je la voyais toujours avec un chiffon pour frotter. A l’époque, ce n’était pas aussi propre que maintenant et l’hygiène c’était important pour la santé : « Va te laver les mains ! » Les maladies n’étaient pas soignées comme maintenant et il fallait toujours se laver les mains avant de passer à table. Mon père était sévère pour ça. Avec les mains propres, on pouvait toucher le pain.

Pour mon père, sa campagne c’était tout et il n’aurait pas pu vivre autre part. Mais moi je ne m’y plaisais pas du tout et je partais apprendre à coudre à Montpellier. Tous les matins je prenais mon vélo et je revenais le soir. Au travail, comme nous n’étions que toutes les deux la patronne et moi, nous avions vite fait de manger alors l’après-midi, allez ! Rebelote ! On tricotait. J’avais trois frères et je leur faisais des pull-overs. L’un était paysan : lui, il n’y avait que la vigne qui comptait alors il fallait de la grosse laine. Pour les autres qui allaient au lycée, je faisais des pull-overs plus jolis avec de la laine plus fine. Mon arrière-grand-mère vivait avec nous, elle est morte qu’elle avait 90 ans et je l’ai toujours vue tricoter : « Mamée, tu tricotes ? Tu nous fais des chaussettes? » Et allez ! « Tu nous fais des gants? » Et allez ! Et les chaussettes qu’elle nous a fait ! Et les gants qu’elle faisait ! C’était magnifique. J’ai toujours beaucoup tricoté. Lorsque j’étais chez moi, bien sûr, pas au bureau ! Quoique… des fois… en cachette… je tricotais ! C’était pendant la guerre alors nous n’avions pas l’électricité : nous nous éclairions à la bougie les trois quart du temps ou alors à la lampe à pétrole. Et nous nous réunissions entre amies : « Où tu en es de ton tricot ? » Et allez ! Moi c’était le tricotage. C’était agréable. Nous discutions, comme ci, comme ça, n’importe quoi vous savez, des souvenirs…

Les femmes mettaient le corset pour tenir leur petit ventre. Des baleines devant, des lacets derrière pour se tenir droite et faire la taille fine. Le matin il fallait quelqu’un pour vous serrer le corset. Mon Dieu, ces corsets… C’était drôle à l’époque. Il fallait qu’elles aient du courage pour supporter ça ! Moi je mettais juste une petite gaine. La mode c’était pour les gens qui pouvaient se changer plusieurs fois par jour. Nous, nous avions la robe de la semaine et la robe du dimanche. Nous portions les robes plus longues aussi, jusqu’au mollet. Quand on était jeune ça faisait un peu vieux. Après la guerre, le tissu était cher alors nous portions les robes courtes mais ce n’était pas très beau quand même. Celles qui avaient de beaux mollets, ça allait bien, mais celles qui avaient des flûtes comme moi ! Alors je mettais des bas parce qu’il me semblait que ça faisait les jambes moins maigres. Vous savez, on est bête quand on est jeune : on regarde toujours les autres !

J’aimais faire les beignets. Je les préparais à la farine et à l’eau. Pas d’œufs. J’achète un pot d’anchois, je les dessale, je les rince, je les coupe en petits morceaux, je prends une cuillère de cette pâte que je prépare, j’y mets un peu d’anchois et je le mets dans une friture. C’était ma spécialité. Aux anchois, au gruyère râpé, aux pommes. Les pommes je les pelais, je les coupais en tranches et je les mettais dans la pâte, dans la friture chaude, retourner, dorer, dorer, que ça ne s’attrape pas, et je les mettais dans une assiette.

MESSAGES

Être ce que je suis devenu, je commençais à y penser en mettant en application des principes fondamentaux. Le mensonge, j’évitais. Le souci des autres, j’y veillais. Et puis la vie se charge de vous remettre sur le droit chemin. Si je devais transmettre un message aux générations futures, je les armerais pour rentrer dans la vie active avec des observation sur leurs fréquentations et les problèmes qu’elles posent. Les apparences sont souvent trompeuses. Il ne faut pas idéaliser alors que la réalité les surprend à la sortie de leur formation. Je suis réaliste, j’en ai fait l’expérience.

Nos parents nous ont offert la liberté de choisir notre façon d’aimer la vie. Ils nous expliquaient tout ce qu’il y avait à savoir sans s’inquiéter si c’était de notre âge ou pas. Il y a beaucoup de familles où les enfants n’ont pas leur mot à dire alors que nous, nous avions la permission de pouvoir exprimer notre idée et de donner notre avis. J’ai des enfants et je leur ai transmis la liberté d’expression et le plaisir de faire des choses qui ne sont pas courantes. Je leur ai appris à accepter de se priver de quelque chose pour accomplir quelque chose de bénéfique pour soi ou pour les autres.

Ma plus grande fierté c’est d’avoir rendu mon mari heureux tout le temps où il était avec moi. Nous ne nous sommes jamais disputés. Dans un couple il faut essayer de s’entendre, il faut s’aimer, je ne peux pas vous dire plus… Si on se dispute, après ce n’est plus pareil, ce n’est pas beau et ça détruit les ménages. Ce que je vous dis c’est quelque chose que j’ai appliqué. Ce n’est pas qu’on ne se chamaillait pas. Des fois mon mari disait quelque chose et moi, pour le faire bisquer, je disais le contraire, des petits machins comme ça. Mais pas des disputes à se mettre des assiettes sur la tête. Et puis ne pas faire la tête. Qu’on la fasse cinq minutes, d’accord, mais mettre un temps infini pour se réconcilier, ce n’est pas la peine.

HOMMAGE à Montpellier

Le Peyrou, c’est une belle promenade : la promenade basse pour l’hiver, la promenade pour l’été. C’est un endroit agréable où l’on peut rencontrer les gens que l’on connaît. J’y amenais mon fils tous les matins. C’était tranquille. Et puis nous avons le roi au milieu : Louis XIV ! Nous racontions aux petits qu’on le descendait tous les ans pour qu’il puisse faire pipi. Je me rappelle aussi le jour où nous avons été obligés de le descendre pour renforcer le socle. D’après les « on dit », celui qui a fait la statue s’est suicidé parce qu’il devait la faire mieux que tous les autres et total : il a les pieds ballants ! Il lui a oublié les étriers…

Pendant des années, avec ma voisine, nous étions abonnées au Gala Karsenty. Mon mari avait accepté de garder les enfants pendant que nous allions au théâtre de la Comédie. Tous les artistes y venaient : Luis Mariano, Bourvil, Fernandel. Ils jouaient des pièces et parfois, à l’entracte, ils arrivaient à nous toucher la main ! J’y ai rencontré Michel Galabru. Son père était le patron de mon père. Je l’ai vu et il me dit : « Sans doute que vous n’avez pas payé votre place? », alors je lui réponds : « Monsieur Michel j’ai fait comme tout le monde ! » C’était un marrant, lui et il l’est encore ! Quand le spectacle était fini et que nous redescendions sur le pont de Lattes, il n’y avait plus personne. Ma voisine marchait toujours avec des petits talons et je lui disais : « On n’entend que vos talons ! » Nous ne rencontrions plus personne alors nous avions peur mais nous y retournions quand même : on s’y plaisait tellement !

Nous allions à la mer avec le petit train de Palavas. Ah ! Écoutez, ce petit train… Quand on partait on prenait le parasol et le déjeuner ou le goûter, des fois aussi le souper. Nous, les gosses, on adorait ça. Il ne marchait pas aussi vite que les trains de maintenant alors quand on arrivait à la gare, le train commençait à partir mais on avait le temps de courir et de monter sur le marche-pied sans tomber. Il ne marchait pas vite, on avait le temps de couper des roseaux pour faire des flûtes. Tous les anciens le disent : « On n’aurait jamais dû enlever ce petit train. »

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